{"id":165,"date":"2021-04-29T14:11:52","date_gmt":"2021-04-29T12:11:52","guid":{"rendered":"http:\/\/jmbarrie.fr\/?page_id=165"},"modified":"2025-04-18T10:08:02","modified_gmt":"2025-04-18T08:08:02","slug":"margaret-ogilvy","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/focus\/margaret-ogilvy\/","title":{"rendered":"Margaret Ogilvy"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"165\" class=\"elementor elementor-165\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-a986498 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"a986498\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-1d8abf0\" data-id=\"1d8abf0\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7dfd5bb elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"7dfd5bb\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/www.sirjmbarrie.com\/bibliographie\/bedford\/bedford8-petit.jpg\" \/><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-f5fd76c elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"f5fd76c\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-70456ada\" data-id=\"70456ada\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7e113239 elementor-drop-cap-yes elementor-drop-cap-view-default elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"7e113239\" data-element_type=\"widget\" data-settings=\"{&quot;drop_cap&quot;:&quot;yes&quot;}\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Barrie a \u00e9crit un tr\u00e8s beau livre sur sa m\u00e8re,<em>&nbsp;Margaret Ogilvy<\/em>. [Il \u00e9tait habituel pour les femmes \u00e9cossaises de conserver leur nom de jeune fille apr\u00e8s leur mariage.]&nbsp;<\/p>\n<p>Le livre a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 chez Actes Sud, le 2 juin 2010, dans ma traduction, enrichi d&rsquo;un avant-propos d&rsquo;<a style=\"background-color: #f9f8fa;\" href=\"http:\/\/www.jmbarrie.co.uk\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Andrew Birkin<\/a>.<\/p>\n<p class=\"text_18_rose\" align=\"center\">Extrait en fichier pdf : <a href=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/extraitmo.pdf\">ici<\/a><\/p>\n<p class=\"text_18_rose\" align=\"center\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1110 size-full\" src=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9782742791712.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"877\" srcset=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9782742791712.jpg 450w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9782742791712-154x300.jpg 154w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9782742791712-174x340.jpg 174w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9782742791712-257x500.jpg 257w\" sizes=\"(max-width: 450px) 94vw, 450px\" \/><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Je pense qu&rsquo;il est impossible de comprendre cet auteur sans avoir lu ce livre, parce que J. M. Barrie y r\u00e9v\u00e8le la part la plus intime de lui. Il y narre son enfance, le rapport aux histoires que lui lisait sa m\u00e8re, sa vie en \u00c9cosse, et la mort de cette femme, qui a model\u00e9 son rapport avec toutes les autres femmes et&#8230; avec la fiction. Tout est contenu en germe dans ce livre-ci.<br>On y trouve cette phrase extraordinaire, que je m&#8217;emploierai \u00e0 \u00e9claircir dans le futur :<strong>&nbsp;\u00ab\u00a0(&#8230;) rien de v\u00e9ritablement important ne se produit apr\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de douze ans (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/strong>&nbsp;(1)<br>Douze ans, c&rsquo;est le d\u00e9but de la pubert\u00e9 mais aussi environ l&rsquo;\u00e2ge auquel son fr\u00e8re David est mort.<br>Je partage cette opinion, si je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 mon existence : les go\u00fbts et les humeurs sont d\u00e9j\u00e0 fig\u00e9s et n&rsquo;\u00e9volueront gu\u00e8re par la suite. Tout ne sera au fond qu&rsquo;extrapolation de l&rsquo;enfance, qui est le s\u00e9diment sur lequel s&rsquo;appuie l&rsquo;homme.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph {\"dateUpdated\":1744960645672} --><\/p>\n<p>Les derni\u00e8res lignes de ce livre magnifique referment une part morte de Barrie, mais qui continuera \u00e0 irriguer son existence d&rsquo;adulte :<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Et, maintenant, je demeure seul, priv\u00e9 d\u2019elles, mais j\u2019ai foi en ma m\u00e9moire qui, toujours, me ram\u00e8nera \u00e0 ce<\/i>s <i>jours heureux, non point afin d\u2019entamer une course folle \u00e0 travers eux, mais pour fl\u00e2ner, ici et l\u00e0, de m\u00eame que ma m\u00e8re se prom\u00e8ne \u00e0 travers mes livres. Et, si je vis jusqu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019\u00e2ge doit mettre en veilleuse mon esprit et que le pass\u00e9 resurgit soudain pour balayer la route d\u00e9serte du pr\u00e9sent comme le font les ombres de la nuit, ce ne sera pas, je le crois, ma jeunesse que je verrai mais la sienne. Je ne verrai pas un petit gar\u00e7on qui se cramponne aux jupes de sa m\u00e8re, en s\u2019\u00e9criant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Attendez que je sois un homme et vous reposerez sur un lit de plumes&nbsp;!&nbsp;\u00bb, mais une petite fille en robe magenta et en tablier blanc, qui s\u2019avance vers moi \u00e0 travers les vastes prairies, et qui porte en fredonnant le repas \u00e0 son p\u00e8re dans un pichet<\/i>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Extrait du chapitre X de<em>&nbsp;Margaret Ogilvy<\/em>&nbsp;(traduit par mes soins) :<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Depuis des ann\u00e9es, je m\u2019effor\u00e7ais de me pr\u00e9parer \u00e0 la mort de ma m\u00e8re, essayant de me figurer comment elle mourrait et de me repr\u00e9senter mes sentiments quand elle serait morte. Je savais bien \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 que ce genre de repr\u00e9sentations \u00e9taient vaines&nbsp;; mais je suis convaincu qu\u2019il n\u2019y entrait aucun sentiment morbide. J\u2019esp\u00e9rais que je serais avec elle \u00e0 la fin, non pas pour lui r\u00e9clamer son dernier regard, mais pour tenir la place de celui dont elle ne d\u00e9tournerait le regard que pour contempler sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e&nbsp;; ce ne serait pas mon bras mais celui de ma s\u0153ur qui l\u2019enlacerait quand elle mourrait, ce ne serait pas ma main mais celle de ma s\u0153ur qui lui fermerait les yeux. Je savais que je risquais d\u2019arriver trop tard&nbsp;; je me voyais p\u00e9n\u00e9trer dans une maison o\u00f9 il n\u2019y aurait personne pour m\u2019accueillir, et monter le vieil escalier jusqu\u2019\u00e0 la chambre famili\u00e8re. Mais ce que je n\u2019avais pas imagin\u00e9 fut pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui advint. Il ne m&rsquo;\u00e9tait pas venu \u00e0 l&rsquo;esprit que, lorsque je gravirais cet escalier, je n\u2019entrerais pas dans la chambre qui abriterait le dernier sommeil de ma m\u00e8re, mais d\u2019abord dans une autre chambre pour y tomber \u00e0 genoux.<\/i><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><em>L&rsquo;hymne favori de ma m\u00e8re, connu dans notre famille comme \u00e9tant celui de David, parce que ce fut le dernier qu&rsquo;il apprit par c\u0153ur, fut aussi la derni\u00e8re chose qu\u2019elle lut&nbsp;:<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>Crains-tu que son pouvoir ne vienne \u00e0 faillir<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>Lorsque sonnera ton heure fatidique&nbsp;?<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>Et un bras cr\u00e9ateur peut-il<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>Devenir las ou pourrir&nbsp;?*<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>J\u2019entendis sa voix gagner en vigueur \u00e0 mesure qu\u2019elle lisait, je vis son visage timide prendre du courage&nbsp;; mais, \u00e0 l\u2019aube, quand sonna mon heure fatidique \u2013 h\u00e9las, pour moi&nbsp;!&nbsp;\u2013, j\u2019eus peur.<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>Pendant ces derni\u00e8res semaines, \u00e0 notre insu, ma s\u0153ur mourait sur pied. De nombreuses ann\u00e9es durant, elle avait donn\u00e9 sa vie, \u00e0 chaque instant, peu \u00e0 peu, en \u00e9change d\u2019une autre ann\u00e9e, d\u2019un autre mois et, derni\u00e8rement, d\u2019un jour de plus accord\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;; et maintenant elle \u00e9tait us\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la trame.<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00bb Je ne vous quitterai jamais, M\u00e8re&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Je sais bien que tu ne me quitteras jamais\u2026 \u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>Ce cri me paraissait path\u00e9tique \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais je ne devais pas en conna\u00eetre la pleine signification avant qu\u2019il ne f\u00fbt plus que l\u2019\u00e9cho d\u2019un cri. \u00c0 les regarder toutes les deux alors, il semblait que ma m\u00e8re s\u2019\u00e9tait mise en route pour une contr\u00e9e lointaine et que ma s\u0153ur la retenait. Mais j\u2019ai une vision plus claire, \u00e0 pr\u00e9sent. Ce n\u2019est plus la m\u00e8re qui marche devant&nbsp;; c\u2019est la fille qui la pr\u00e9c\u00e8de et elle crie&nbsp;: \u00a0\u00bb M\u00e8re, vous vous attardez tellement \u00e0 la fin, je n\u2019en peux plus de vous attendre. \u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/em><\/p>\n<p><em>Mais elle ne savait pas plus que nous comment les choses allaient se d\u00e9rouler&nbsp;; si elle semblait lasse quand nous la croisions dans l\u2019escalier, c&rsquo;\u00e9tait elle qui s&rsquo;activait avec le plus de vivacit\u00e9 dans la chambre de ma m\u00e8re ; elle ne se plaignait jamais, sauf lorsqu\u2019elle devait partir pour cette promenade qui les s\u00e9parait pendant une demi-heure. Avec quelle r\u00e9pugnance elle mettait son bonnet&nbsp;! Combien il nous fallait la presser de le faire&nbsp;! Et combien de fois, n\u2019ayant pas plus t\u00f4t franchi la porte d\u2019entr\u00e9e, revenait-elle aux c\u00f4t\u00e9s de sa m\u00e8re ! Quelquefois, lorsque nous regardions par la fen\u00eatre, je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de rire, le c\u0153ur serr\u00e9 pourtant, \u00e0 la voir ainsi h\u00e2ter le pas, sans un regard ni \u00e0 droite ni \u00e0 gauche, seulement hant\u00e9e par la pens\u00e9e de revenir au plus vite. Mon p\u00e8re restait toujours \u00e0 la maison, et il n&rsquo;existait pas \u00e9poux plus d\u00e9vou\u00e9 que lui&nbsp;; souvent d\u2019autres personnes \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sentes&nbsp;: une de mes s\u0153urs en particulier&nbsp;; mais ils n\u2019osaient gu\u00e8re prendre soin de ma m\u00e8re \u2013 celle-l\u00e0 leur \u00f4tait jalousement la coupe des mains. Ma m\u00e8re pr\u00e9f\u00e9rait l\u2019obtenir de ses mains \u00e0 elle. Nous savions tous cela. \u00ab Je les aime bien, mais je ne peux me passer de toi.&nbsp;\u00bb Ma s\u0153ur, si peu \u00e9go\u00efste par ailleurs, ne se lassait jamais de faire \u00e9talage devant nous de cette pr\u00e9f\u00e9rence. C\u2019\u00e9tait la riche r\u00e9compense de sa vie.\u00bb<\/em><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>* Citation extraite d&rsquo;un psaume tr\u00e8s connu chez les presbyt\u00e9riens.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>(1) \u00ab Je me suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de douze ans, \u00e2ge de l&rsquo;enfant par excellence [v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;il y a 30 ans, moins authentique dans notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9cadente], ayant atteint en quelque sorte sa pleine maturit\u00e9 enfantine, parvenu \u00e0 son bel \u00e9panouissement et aussi h\u00e9las au seuil de la catastrophe pubertaire.\u00bb (Michel Tournier,&nbsp;<em>Le Roi des Aulnes<\/em>)<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>****************************************************************************************<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>EXTRAIT :<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>Chapitre I \u2013 O\u00f9 il est dit comment son doux visage vint \u00e0 ma m\u00e8re &nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>Le jour de ma naissance, nous achet\u00e2mes six chaises fonc\u00e9es de crin&nbsp;; ce fut un \u00e9v\u00e9nement d\u2019importance \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de notre petite maison, cela constituait la premi\u00e8re grande victoire dans la longue campagne domestique d\u2019une femme&nbsp;; les heures de travail qu\u2019elles repr\u00e9sentaient, le billet d\u2019une livre et les quelque trente-trois pence qu\u2019elles avaient co\u00fbt\u00e9, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 au sujet de leur achat, leur belle ordonnance dans la chambre ouest, l\u2019air exag\u00e9r\u00e9ment d\u00e9tach\u00e9 de mon p\u00e8re quand il les avait ramen\u00e9es \u00e0 la maison (mais son visage \u00e9tait p\u00e2le) \u2013 j\u2019ai si souvent entendu ce r\u00e9cit depuis lors, j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 tant de triomphes de la sorte, petit gar\u00e7on et plus tard lorsque je fus un homme, que l\u2019arriv\u00e9e des chaises me semble \u00eatre l\u2019un de mes propres souvenirs, comme si, le jour m\u00eame, j\u2019avais bondi hors du lit et couru les admirer. Je suis certain que ma m\u00e8re se consumait de l&rsquo;impatience d&rsquo;aller les voir bien avant que ses jambes ne fussent capables de la soutenir. D\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 on la laissa seule avec moi, on la retrouva pieds nus dans la chambre ouest en train de prodiguer des soins \u00e0 une \u00e9raflure (qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 d\u00e9celer) sur l\u2019une des chaises, prendre place dans des poses royales sur chacune d\u2019elles, ou encore faire mine de quitter la pi\u00e8ce et rouvrir soudainement la porte, pour les prendre toutes les six par surprise. Alors, il me semble qu\u2019un ch\u00e2le avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 sur elle (il m\u2019est \u00e9trange de penser que ce n\u2019\u00e9tait pas moi qui m\u2019\u00e9tais pr\u00e9cipit\u00e9 vers elle avec ce ch\u00e2le) et qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 reconduite au lit sous bonne escorte&nbsp;; on lui rappela sa promesse de ne pas bouger&nbsp;; \u00e0 cela, elle r\u00e9pondit probablement qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait absent\u00e9e, certes, mais si peu de temps que l\u2019on pouvait donc en conclure qu\u2019elle n\u2019avait pas du tout quitt\u00e9 son lit ! Ainsi je n\u2019eus pas \u00e0 attendre pour qu\u2019un petit trait de sa personnalit\u00e9 me f\u00fbt r\u00e9v\u00e9l\u00e9&nbsp;: je me demande si j\u2019en eus conscience. Je m\u2019interroge encore. Les voisins rendaient visite au gar\u00e7on et aux chaises. \u00c9tait-elle sinc\u00e8re avec moi en affirmant qu\u2019ils \u00e9taient nos semblables ou bien vis-je clair en elle d\u00e8s le premier instant ? En effet, elle \u00e9tait si transparente\u2026 Quand elle fit mine de s\u2019accorder avec eux sur le fait qu\u2019il m\u2019\u00e9tait impossible de recevoir une \u00e9ducation sup\u00e9rieure, me laissais-je abuser ou bien \u00e9tais-je d\u00e9j\u00e0 conscient de la nature des ambitions ardentes abrit\u00e9es derri\u00e8re ce visage aim\u00e9 ? Lorsqu\u2019ils parl\u00e8rent des chaises comme d\u2019un but rapidement atteint, \u00e9tais-je si novice dans l\u2019art de lire en elle que ses l\u00e8vres timides dussent effectivement prononcer ces mots : \u00abEt ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but ! \u00bb ? Et, lorsque nous f\u00fbmes laiss\u00e9s seuls en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate, ai-je ri des grandes choses qui agitaient son esprit ou bien dut-elle d\u2019abord m\u2019en informer dans un murmure ? L\u2019ai-je ensuite enlac\u00e9e, en lui disant que je l\u2019aiderais dans ses projets ? Il en fut ainsi pendant si longtemps qu\u2019il me para\u00eet \u00e9trange qu\u2019il n\u2019en ait pas \u00e9t\u00e9 de m\u00eame d\u00e8s le commencement. Pendant six ans, tout fut mati\u00e8re \u00e0 conjectures&nbsp;: au terme de celles-ci apparut soudain le portrait de la femme qui en avait \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0 le personnage principal. J\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 &nbsp;ses l\u00e8vres&nbsp; timides, mais elles ne l\u2019\u00e9taient pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque, elles l\u2019\u00e9taient devenues lorsque je fis vraiment sa connaissance. Son doux visage \u2013 on m\u2019a racont\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas aussi doux \u00e0 cette \u00e9poque\u2026 Le ch\u00e2le qui avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 sur elle \u2013 nous n\u2019avions pas en ce temps-l\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 la pourchasser avec un ch\u00e2le, ni \u00e0 faire pour elle un rempart de nos corps contre les courants d\u2019air, nous n\u2019avions pas p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 sur la pointe des pieds dans sa chambre vingt fois dans la nuit, pour veiller sur son sommeil. Nous n\u2019avions pas remarqu\u00e9 combien elle devenait petite, pas plus que nous ne sursautions quand elle s\u2019\u00e9tonnait tout haut de voir \u00e0 quel point ses bras \u00e9taient devenus minces. Dans ses moments les plus heureux, et jamais il n\u2019y eut femme plus heureuse, sa bouche n\u2019\u00e9tait pas agit\u00e9e par un tic soudain et les larmes n\u2019emplissaient pas ses yeux bleus silencieux, dans lesquels je lus tout ce que j\u2019ai jamais su de la vie et tout ce que j\u2019ai \u00e0 c\u0153ur d\u2019\u00e9crire. Oui, lorsqu\u2019on plongeait son regard dans celui de ma m\u00e8re, on comprenait, comme s\u2019Il vous l\u2019avait dit lui-m\u00eame, pourquoi Dieu l\u2019avait mise au monde&nbsp;: c\u2019\u00e9tait pour ouvrir l\u2019esprit de tous ceux qui \u00e9taient en qu\u00eate de belles pens\u00e9es. Car c\u2019est l\u00e0 le commencement et la fin de la litt\u00e9rature. Ces yeux que je ne peux discerner avant mes six ans r\u00e9volus, m\u2019ont \u00e9clair\u00e9 sur le chemin de la vie et je prie Dieu qu\u2019ils puissent demeurer jusqu\u2019au dernier jour mes seuls juges sur cette terre. Ils ne furent jamais davantage mon guide que lorsque j\u2019apportai mon aide pour la mettre en terre. Je ne g\u00e9missais pas parce que ma m\u00e8re m\u2019avait \u00e9t\u00e9 reprise apr\u00e8s soixante-seize ans d\u2019une vie glorieuse, mais j\u2019exultais en me souvenant d\u2019elle, jusque devant sa tombe. Un fils s\u2019en \u00e9tait all\u00e9 loin d\u2019elle, pour \u00e9tudier. Je me le rappelle si peu : ne me revient \u00e0 la m\u00e9moire que le visage joyeux d\u2019un gar\u00e7on qui grimpait comme un \u00e9cureuil jusqu\u2019au sommet d\u2019un arbre et qui secouait les branches pour faire tomber des cerises dans mon giron. Il avait treize ans, et moi la moiti\u00e9 de son \u00e2ge, quand l\u2019effroyable nouvelle nous parvint. On m\u2019a dit que le visage de ma m\u00e8re \u00e9tait effrayant de calme, lorsqu\u2019elle s\u2019en fut se planter entre la Mort et son petit gar\u00e7on. Nous descend\u00eemes tous ensemble le raide sentier qui menait \u00e0 la gare, une b\u00e2tisse en bois. Je crois que je l\u2019enviais \u00e0 cause de ce voyage dans ces myst\u00e9rieux wagons. Je sais que nous jouions \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, fiers de pouvoir l\u2019accompagner, mais ce souvenir ne m\u2019appartient pas, on m\u2019a racont\u00e9 la sc\u00e8ne. On contr\u00f4la son billet. Elle nous avait dit au revoir avec ce visage de combattante que je ne peux pas encore voir, quand soudain mon p\u00e8re sortit du bureau du t\u00e9l\u00e9graphe et dit d\u2019une voix enrou\u00e9e : \u00ab Il a pass\u00e9. \u00bb(1) Nous rev\u00eenmes sur nos pas, tr\u00e8s silencieux, et rentr\u00e2mes \u00e0 la maison en remontant le petit sentier. \u00c0 pr\u00e9sent, je rapporte mes propres souvenirs&nbsp;: d\u00e9sormais, et pour toujours, je savais qui \u00e9tait ma m\u00e8re.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que son doux visage vint \u00e0 ma m\u00e8re et qu\u2019elle re\u00e7ut \u00e9galement ses mani\u00e8res compatissantes et sa charit\u00e9 sans bornes&nbsp;; et c\u2019est pourquoi les m\u00e8res accouraient chez elle lorsqu\u2019elles avaient perdu un enfant. \u00ab Ne pleurez pas, ma pauvre Janet ! \u00bb leur disait-elle et ces femmes r\u00e9pondaient : \u00ab&nbsp;Ah, Margaret, mais vous-m\u00eame vous pleurez\u2026 \u00bb Margaret Ogilvy \u00e9tait son nom de jeune fille et, d\u2019apr\u00e8s la coutume \u00e9cossaise, elle demeurait Margaret Ogilvy pour ses vieux amis. J\u2019aimais l\u2019appeler \u00ab Margaret Ogilvy \u00bb. Souvent, petit gar\u00e7on, je l\u2019appelais ainsi de l\u2019escalier : \u00ab&nbsp;Margaret Ogilvy, \u00eates-vous l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>\u00c0 partir de ce jour, sa sant\u00e9 fut d\u00e9licate et, pendant des mois, elle demeura tr\u00e8s malade. J\u2019ai entendu dire que la premi\u00e8re chose qu\u2019elle souhaita voir fut la robe de bapt\u00eame&nbsp;; elle la regarda longuement puis d\u00e9tourna le visage vers le mur. C\u2019est ce qui me fit croire, petit gar\u00e7on, que c\u2019\u00e9tait la robe dans laquelle il avait \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9&nbsp;; mais, plus tard, j\u2019appris que nous avions tous \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s dans ce v\u00eatement, de l\u2019a\u00een\u00e9 au benjamin, que vingt ans s\u00e9paraient. Des centaines d\u2019autres enfants l\u2019avaient rev\u00eatue en pareille occasion ; de telles robes \u00e9taient alors une possession rare et ma m\u00e8re s\u2019enorgueillissait de la pr\u00eater. On la transportait avec pr\u00e9caution d\u2019une maison \u00e0 l\u2019autre, comme s\u2019il se f\u00fbt agi d\u2019un enfant ! Ma m\u00e8re faisait grand cas de ce v\u00eatement, le d\u00e9froissait, lui souriait, avant de le mettre dans les bras de ceux \u00e0 qui il \u00e9tait pr\u00eat\u00e9. Elle s\u2019installait sur notre banc \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour le voir port\u00e9 avec magnificence (avec quelque chose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur !) lorsqu\u2019il passait le long de la nef en direction de la chaire, et c\u2019est alors qu\u2019un frisson d\u2019agitation et d\u2019impatience parcourait l\u2019\u00e9glise ; nous nous donnions des coups de pied sous le pupitre, mais notre visage ne cessait dans le m\u00eame temps d\u2019exprimer notre pi\u00e9t\u00e9. Dans l\u2019intervalle, quel que f\u00fbt le comportement de l\u2019enfant&nbsp;\u2013 il pouvait rire sans pudeur ou hurler \u00e0 la grande honte de sa m\u00e8re \u2013 et quoi que f\u00eet le p\u00e8re, tandis qu\u2019il l\u2019\u00e9levait, l\u2019air idiot probablement, et s\u2019inclinant au mauvais moment, la robe de bapt\u00eame les faisait b\u00e9n\u00e9ficier de sa longue exp\u00e9rience et les aidait \u00e0 se tirer de ce mauvais pas. Quand la robe lui \u00e9tait rendue, elle la prenait dans ses bras, aussi d\u00e9licatement que possible, comme si elle s\u2019\u00e9tait endormie, puis elle la pressait, sans s\u2019en rendre compte, contre sa poitrine&nbsp;: il n\u2019y avait rien dans la maison qui lui parlait avec autant d\u2019\u00e9loquence que la petite robe&nbsp;; c\u2019\u00e9tait le seul de ses enfants qui ne grand\u00eet pas. Et elle ne l\u2019avait pas cousue elle-m\u00eame, ce qui \u00e0 mes yeux \u00e9tait une chose bien merveilleuse, car elle semblait avoir confectionn\u00e9 tout ce que nous portions. Tous les v\u00eatements dans la maison \u00e9taient n\u00e9s de ses mains et croire pour autant qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9mod\u00e9s, c&rsquo;est se m\u00e9prendre sur ses dons&nbsp;; elle les transformait et leur donnait une allure nouvelle&nbsp;; elle les reprisait et leur offrait une autre vie&nbsp;; puis, elle les persuadait par la ruse de se m\u00e9tamorphoser en autre chose pour la derni\u00e8re fois. Ensuite, elle les \u00e9largissait et les reprenait de nouveau, en posant un nouveau galon, apr\u00e8s quoi elle ajoutait un morceau de tissu dans le dos, et ainsi le v\u00eatement passait d\u2019un membre de la famille \u00e0 l\u2019autre, jusqu\u2019au plus jeune. Et alors m\u00eame que nous en avions fini avec eux, ils r\u00e9apparaissaient sous une autre forme. \u00c0 la mode ! Je dois revenir sur ce sujet. Aucune femme n\u2019avait un \u0153il pareil : elle ne poss\u00e9dait aucune gravure de mode ; elle n\u2019en avait nul besoin. La femme du ministre (2) (une cape), les filles du banquier (la nouvelle manche) : elles n\u2019avaient qu\u2019\u00e0 passer une seule fois devant notre fen\u00eatre, et le scalp, si je puis m\u2019exprimer ainsi, se retrouvait entre les mains de ma m\u00e8re. Regardez-la se pr\u00e9cipiter, ciseaux \u00e0 la main, du fil \u00e0 la bouche, en direction des tiroirs o\u00f9 les v\u00eatements du dimanche de ses filles sont rang\u00e9s ! Ou bien allez \u00e0 l\u2019\u00e9glise dimanche prochain et regardez certaine famille qui y p\u00e9n\u00e8tre en file indienne&nbsp;: le gar\u00e7on l\u00e8ve ses jambes assez haut pour faire le fier et montrer ses nouvelles bottines, mais tous les autres demeurent discrets, sp\u00e9cialement la timide petite femme \u00e0 l\u2019air si peu perspicace qui se tient en arri\u00e8re. Si vous \u00e9tiez \u00e0 la place de la femme du ministre ce jour-l\u00e0 ou \u00e0 celle des filles du banquier, vous auriez un choc ! Mais la robe de bapt\u00eame, elle l\u2019avait achet\u00e9e, et lorsque je lui demandais pourquoi, son visage rayonnait, elle paraissait r\u00e9fl\u00e9chir, puis r\u00e9pondait qu\u2019une fois dans sa vie elle avait voulu se montrer dispendieuse&nbsp;! Et elle me dit, sans cesser de sourire, que plus une femme avait tendance \u00e0 coudre et \u00e0 fabriquer les choses elle-m\u00eame plus grand et ardent \u00e9tait son d\u00e9sir ensuite de se pr\u00e9cipiter dans un magasin et \u00ab&nbsp;de faire des folies&nbsp;\u00bb. La robe de bapt\u00eame, avec ses volants path\u00e9tiques a plus d\u2019un demi-si\u00e8cle maintenant et elle commence \u00e0 se faner un peu, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une p\u00e2querette dont le temps est pass\u00e9, mais elle est conserv\u00e9e avec autant d\u2019affection qu\u2019autrefois. Je l\u2019ai vue en exercice, \u00e0 nouveau, l\u2019autre jour. Ma m\u00e8re est au lit, la robe de bapt\u00eame \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s&nbsp;; maintes fois, je l\u2019ai observ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e avant de me diriger vers l\u2019escalier pour m\u2019y asseoir et pleurer. Je ne sais pas si ce fut ce jour-l\u00e0, le premier, ou plusieurs jours apr\u00e8s, que vint me parler ma s\u0153ur, la fille pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de ma m\u00e8re (3). Oui, elle l\u2019aimait encore plus que moi, j\u2019en suis certain. La gloire de cette s\u0153ur remonte \u00e0 mes six ans. L\u2019adolescence la quittait \u00e0 cette \u00e9poque. Elle vint \u00e0 moi, le visage d\u00e9vor\u00e9 d&rsquo;inqui\u00e9tude et se tordant les mains ; elle m\u2019incita \u00e0 aller au chevet de ma m\u00e8re, afin de lui dire qu\u2019il lui restait un petit gar\u00e7on. Je me rendis donc \u00e0 son chevet, gris\u00e9 par l\u2019\u00e9motion, mais la chambre \u00e9tait noire et, quand j\u2019entendis la porte se refermer sans qu\u2019aucun son ne parv\u00eent du lit, je fus effray\u00e9 et me tins coi. Peut-\u00eatre respirai-je bruyamment ou peut-\u00eatre me mis-je \u00e0 pleurer car, au bout d\u2019un moment, j\u2019entendis une voix dolente que je ne reconnus pas me demander : \u00ab Est-ce toi ? \u00bb Je pense que le ton me blessa, puisque je ne r\u00e9pondis pas. La voix reprit avec plus d\u2019inqui\u00e9tude : \u00ab&nbsp;Est-ce toi ? \u00bb Je pensais qu\u2019elle s\u2019adressait au petit gar\u00e7on mort et je dis d\u2019une voix faible d\u2019enfant esseul\u00e9 : \u00ab Non, ce n\u2019est pas lui, ce n\u2019est que moi ! \u00bb J\u2019entendis un cri et ma m\u00e8re se retourna dans le lit et, bien qu\u2019il f\u00eet noir, je sus qu\u2019elle me tendait les bras. Apr\u00e8s cela, je passai beaucoup de temps avec elle, assis sur son lit, essayant de lui faire oublier l\u2019autre &#8211; ce qui \u00e9tait mon astucieuse mani\u00e8re de jouer les m\u00e9decins. Et, si je voyais quelqu\u2019un dehors faire quelque chose qui d\u00e9clenchait le rire des autres, je me pr\u00e9cipitais vers cette chambre obscure et le reproduisais devant elle. Je suppose que je faisais un curieux petit bonhomme. On m\u2019a rapport\u00e9 que mon souci permanent de l\u2019\u00e9gayer donnait \u00e0 mon visage un air tendu&nbsp;; et mes pitreries, je les ex\u00e9cutais en tremblant un peu&nbsp;; je me tenais sur la t\u00eate dans son lit, les pieds contre le mur et, dans mon enthousiasme, je m\u2019\u00e9criais : \u00ab Riez-vous, M\u00e8re ? \u00bb Et peut-\u00eatre riait-elle de quelque chose dont moi-m\u00eame je n\u2019\u00e9tais pas conscient, mais oui, elle \u00e9clatait parfois d\u2019un rire soudain, et j\u2019appelais alors triomphalement cette tendre s\u0153ur, qui n\u2019attendait jamais bien loin, pour qu\u2019elle accour\u00fbt voir ce spectacle ; mais le temps qu\u2019elle arriv\u00e2t, le doux visage de ma m\u00e8re \u00e9tait de nouveau ruisselant de larmes. Ainsi, j\u2019\u00e9tais priv\u00e9 d\u2019une part de ma gloire et je me rappelle ne l\u2019avoir fait rire devant t\u00e9moins qu\u2019une seule fois. Je gardais la trace de ses rires sur un morceau de papier : un trait pour chacun&nbsp;; chaque matin, j\u2019avais l\u2019habitude de montrer fi\u00e8rement cela au docteur. Il y avait cinq traits la premi\u00e8re fois o\u00f9 je lui glissai le papier dans les mains et, lorsqu\u2019on lui en expliqua le sens, il se mit \u00e0 rire de si bon c\u0153ur que je m\u2019\u00e9criai : \u00ab&nbsp;J\u2019aimerais que ce f\u00fbt l\u2019un des siens ! \u00bb Il me demanda alors avec bienveillance si j\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9 le papier \u00e0 ma m\u00e8re&nbsp;; quand je lui fis signe que non, il me dit que si je le lui montrais maintenant et lui expliquais que ses cinq rires reposaient l\u00e0, je pourrais bien en gagner un autre. Je n\u2019en \u00e9tais pas aussi s\u00fbr, mais c&rsquo;\u00e9tait lui l\u2019homme myst\u00e9rieux chez qui on pouvait courir au plus profond de la nuit (vous lanciez une poign\u00e9e de sable \u00e0 sa fen\u00eatre pour le r\u00e9veiller et, s\u2019il s\u2019agissait d&rsquo;une simple rage de dents, il extrayait la dent par la fen\u00eatre ouverte, mais s\u2019il s\u2019agissait de quelque mal plus s\u00e9rieux, en un \u00e9clair, tel un homme qui n\u2019enl\u00e8verait pas son pardessus pour dormir, on le retrouvait \u00e0 vos c\u00f4t\u00e9s sur la place obscure)&nbsp;; c\u2019est pourquoi je m\u2019ex\u00e9cutai \u00e0 son instigation, et non seulement elle rit en voyant mon papier, mais lorsque j\u2019y ajoutai ce rire-ci, il y eut un autre rire et, bien qu\u2019il ne f\u00fbt qu\u2019un rire coup\u00e9 en son milieu par une larme, je le comptais pour deux. C\u2019\u00e9tait bien cette m\u00eame s\u0153ur qui me persuada de ne point bouder lorsque ma m\u00e8re demeurait alit\u00e9e et qu\u2019elle pensait \u00e0 lui, mais plut\u00f4t de t\u00e2cher de la faire parler de lui. Je ne comprenais pas comment ce stratag\u00e8me pouvait lui rendre sa gaiet\u00e9, mais elle m\u2019affirma que si je ne pouvais pas accomplir ce prodige, personne d\u2019autre ne le pourrait, et cette id\u00e9e me d\u00e9cida. Dans les premiers temps, me dirent-ils, ma jalousie l\u2019emportait souvent et je l\u2019arr\u00eatais dans l\u2019\u00e9vocation de ses tendres souvenirs avec ce cri : \u00ab Et moi, je ne compte donc pas pour vous ? \u00bb Mais cela ne dura gu\u00e8re et je fus bient\u00f4t saisi par l\u2019intense d\u00e9sir de lui ressembler tellement que m\u00eame ma m\u00e8re ne pourrait voir la diff\u00e9rence \u2013 ma s\u0153ur m\u2019avait sans doute souffl\u00e9 l\u2019id\u00e9e. Nombreuses et ing\u00e9nieuses \u00e9taient les questions que je formulais dans ce dessein. Je m\u2019entra\u00eenais en secret, mais au bout d\u2019une semaine, je me ressemblais trop. Il avait une mani\u00e8re de siffler si joyeuse, m\u2019avait-elle racont\u00e9, que lorsqu\u2019elle travaillait, l\u2019entendre siffler ne manquait jamais de l\u2019\u00e9gayer et de lui donner du c\u0153ur \u00e0 l\u2019ouvrage. Lorsqu\u2019il sifflait, il se tenait debout, les pieds \u00e9cart\u00e9s et les mains dans les poches de ses knickerbockers. Je d\u00e9cidai de me fier \u00e0 ce d\u00e9tail, et un jour, apr\u00e8s avoir consult\u00e9 ses anciens camarades pour savoir comment il s\u2019y prenait \u2013 chaque gar\u00e7on dou\u00e9 d\u2019un peu d\u2019initiative invente sa propre fa\u00e7on de siffler \u2013, je mis en secret un de ses costumes, gris fonc\u00e9 \u00e0 petits motifs, et il m\u2019alla encore bien des ann\u00e9es apr\u00e8s. Puis, ainsi d\u00e9guis\u00e9, j\u2019entrai, \u00e0 l\u2019insu des autres, dans la chambre de ma m\u00e8re. Tremblant, sans aucun doute, et pourtant si content, je me tins tranquille jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle me v\u00eet et, alors, comme elle dut \u00eatre bless\u00e9e ! \u00ab\u00c9coutez ! \u00bb lui criai-je, les joues rosies par le triomphe&nbsp;; j\u2019\u00e9cartai les jambes et plongeai les mains dans les poches de mes knickerbockers, puis je me mis \u00e0 siffler. Elle lui surv\u00e9cut vingt-neuf ans. Elle traversait les ann\u00e9es avec tant d\u2019\u00e9nergie, et ce jusqu\u2019aux approches de la mort, que vous n\u2019aviez jamais moyen de savoir o\u00f9 elle \u00e9tait, \u00e0 moins de l\u2019attraper ! Bien qu\u2019elle f\u00fbt fr\u00eale d\u00e9sormais, et chaque jour un peu plus, la tenue de sa maison devint \u00e0 nouveau c\u00e9l\u00e8bre, de sorte que les jeunes mari\u00e9es faisaient appel \u00e0 elle pour observer sa mani\u00e8re de blanchir le foyer, de d\u00e9froisser le linge ou de coudre. Il y a encore des vieilles gens, une ou deux personnes, qui racontent avec de l\u2019\u00e9merveillement dans les yeux comment elle pouvait cuire vingt-quatre bannocks (4) dans l\u2019heure et ne pas en rater un seul. Et elle en offrait beaucoup ! Elle partageait grand nombre de ses possessions et avait une jolie mani\u00e8re de donner. Elle arborait une mine radieuse et son visage rayonnait de la joie d&rsquo;antan, et ce rire, que j\u2019avais essay\u00e9 de forcer avec tant de pers\u00e9v\u00e9rance, retentissait \u00e0 nouveau dans la maison. Je n\u2019ai jamais entendu un rire tel que le sien, sauf de la bouche des enfants au comble de la joie : le rire de la plupart d\u2019entre nous vieillit et s\u2019use en m\u00eame temps que le corps, mais le sien demeura radieux jusqu\u2019\u00e0 la fin, comme s\u2019il renaissait \u00e0 la vie chaque matin. L\u2019enfance ne l\u2019avait pas quitt\u00e9e tout \u00e0 fait et son rire \u00e9tait pour moi la voix de ce pass\u00e9, de m\u00eame que la robe de bapt\u00eame l\u2019\u00e9tait pour elle. Mais je ne parvins pas \u00e0 lui faire oublier cette part d\u2019elle-m\u00eame qui \u00e9tait morte&nbsp;; pendant ces vingt-neuf ans, elle ne s\u2019est pas \u00e9loign\u00e9e de lui ni de cette journ\u00e9e funeste d\u2019une seule pens\u00e9e. Souvent, elle s\u2019endormait en lui parlant et, m\u00eame pendant son sommeil, ses l\u00e8vres bougeaient et elle souriait comme s\u2019il lui \u00e9tait revenu. Et, lorsqu\u2019elle se r\u00e9veillait, il devait dispara\u00eetre si pr\u00e9cipitamment qu\u2019elle sursautait et, d\u00e9concert\u00e9e, elle regardait autour d\u2019elle et articulait lentement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon David est mort !&nbsp;\u00bb Ou peut-\u00eatre restait-il assez longtemps pour lui murmurer les raisons de son imminent d\u00e9part ; et elle restait dans son lit, les yeux voil\u00e9s de larmes. Quand je devins un homme, alors qu\u2019il n&rsquo;avait pas cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un gar\u00e7on de treize ans,&nbsp; j\u2019\u00e9crivis un petit texte intitul\u00e9 \u00ab Mort depuis vingt ans \u00bb (5) , qui parlait d\u2019une trag\u00e9die similaire dans la vie d\u2019une autre femme, et c\u2019est la seule chose que j\u2019ai \u00e9crite dont elle ne parla jamais, pas m\u00eame \u00e0 sa fille pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Personne n\u2019y fit allusion devant elle ou ne la questionna afin de savoir si elle l\u2019avait lu&nbsp;: on ne demande pas \u00e0 une m\u00e8re si elle sait qu\u2019il y a un petit cercueil dans sa maison. Elle lut plusieurs fois le livre dans lequel cette histoire \u00e9tait publi\u00e9e mais, lorsqu\u2019elle arrivait \u00e0 ce chapitre, elle pressait les mains sur son c\u0153ur ou bien se bouchait les oreilles. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>(1)<\/strong>&nbsp;Le 30 janvier 1867. (Toutes les notes sont celles du traducteur.)<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>(2)<\/strong>&nbsp;Le ministre du culte, figure centrale de la communaut\u00e9 presbyt\u00e9rienne des Auld Lichts &#8211; qui est tout autant le berceau familial et culturel de l\u2019auteur que le creuset de ses fictions &#8211; est l\u2019un des personnages r\u00e9currents de l\u2019\u0153uvre de J. M. Barrie, et ce jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>(3)<\/strong>&nbsp;Il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa s\u0153ur Jane Ann, la d\u00e9dicataire de ce livre. Avec Conan Doyle, son ami, il \u00e9crira une op\u00e9rette \u2013 retentissant \u00e9chec \u2013 dont le titre,&nbsp;<em>Jane Annie, or The Good Conduct Prize<\/em>, est une mani\u00e8re d\u2019hommage \u00e0 cette femme qui consacra toute sa vie \u00e0 leur m\u00e8re.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>(4)<\/strong>&nbsp;G\u00e2teau traditionnel, rond et \u00e9pais, en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 base de farine d\u2019avoine, cuit sur une plaque en fonte.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>(5)<\/strong>&nbsp;Cf. le Chapitre VI du livre intitul\u00e9&nbsp;<em>A Windows in Thrums<\/em>.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>(Traduction et notes :&nbsp;<strong>C\u00e9line-Albin Faivre<\/strong>&nbsp;&#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s)<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>*************<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>J&rsquo;en discutais avec mon ami Robert Greenham. Je lui disais \u00e0 quel point j&rsquo;\u00e9tais convaincue de l&rsquo;influence n\u00e9faste de Margaret Ogilvy sur son fils, James Matthew Barrie.<br>Et voici ce qu&rsquo;Andrew Birkin publia ce jour-l\u00e0 sur le forum ANON :<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>Le passage suivant, extrait du manuscrit original de la biographie de Denis Mackail, en date de 1941, pourrait \u00eatre d\u2019int\u00e9r\u00eat. Il a \u00e9t\u00e9 censur\u00e9 par Cynthia Asquith avec un crayon rouge. Les mots : \u00ab D\u00e9truisez ceci ! \u00bb barraient le passage. Voir la page 212, troisi\u00e8me paragraphe, dans la biographie de Mackail, pour comparer les deux versions.<\/p>\n<p>Et de citer le biographe de Barrie :<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><em>\u00ab Jane Ann&nbsp;[la s\u0153ur de Barrie]&nbsp;avait quarante-six ans&nbsp;[en 1893]. Toujours aussi d\u00e9vou\u00e9e, se sacrifiant comme de coutume. Simple, d\u00e9j\u00e0 vieille, mais ayant surmont\u00e9 le risque de d\u00e9velopper la complexion vaniteuse de sa m\u00e8re. Elle vivait dans le secret de son existence int\u00e9rieure, qui \u00e9tait si malheureuse et p\u00e9nible (il n\u2019est plus besoin de le cacher plus longtemps), car elle n\u2019\u00e9tait pas le seul membre de la famille \u00e0 c\u00e9der \u00e0 cette tentation mortelle. Il y avait, en effet, deux d\u00e9mons qui guettaient les enfants de Margaret Ogilvy : la m\u00e9lancolie et la boisson. Seul le plus fort d\u2019entre eux pouvait r\u00e9sister aux deux forces. Jane Ann, par l\u2019exemple qu\u2019elle avait sous les yeux et par la pr\u00e9vention qu\u2019elle avait con\u00e7ue contre l\u2019un d\u2019entre eux, s\u2019\u00e9tait battue et avait remport\u00e9 le combat. Mais, voil\u00e0, il semblait maintenant que cette victoire avait laiss\u00e9 la voie \u00e0 l\u2019autre d\u00e9mon. Son fr\u00e8re savait. De m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait au courant de tous les incidents se produisant par ailleurs. Il me fit part qu\u2019il devait prendre garde \u00e0 ne pas succomber lui-m\u00eame. En effet, il y prit garde. Une ou deux fois, cela lui procura un certain bien-\u00eatre lorsque l\u2019un de ses mondes tomba en ruine. Mais c\u2019est le pire qui lui advint. Ce sentiment ne le gouverna jamais.<br>Et, bien que la m\u00e9lancolie flott\u00e2t dans les airs, autour de lui, toute sa vie, il put toujours la contrer, au moment o\u00f9 il le voulut, car il \u00e9tait aussi bien fuyant que courageux, y compris quand l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 avait rattrap\u00e9 tous les autres et qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 terre. Mais les autres \u00e9taient plus faibles et vuln\u00e9rables que lui. L\u2019impulsion donn\u00e9e par la renomm\u00e9e et par leur situation ne pouvait les aider qu\u2019indirectement. Alors, ils buvaient ou bien se mettaient au lit pour n\u2019en plus se lever. Encore une fois, tout se passait comme s\u2019il existait quelque effrayant myst\u00e8re biologique produit par l\u2019union de ce tisseur et de cette fille de ma\u00e7on. Quelque chose d\u2019inexplicable, qui les remplissait d\u2019effroi, qui les hantait tous. De quelque fa\u00e7on que ce f\u00fbt, apparemment, qu\u2019ils fussent ou non coupables, chacun de leurs enfants dut payer une impitoyable ran\u00e7on. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>Il doit \u00eatre rappel\u00e9 que Denis Mackail \u2013 \u00e0 la fois un ami de Barrie et des enfants Davies \u2013 avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 par l\u2019agent litt\u00e9raire de Barrie (\u00e0 savoir, Cynthia Asquith et Peter Llewelyn Davies) pour \u00e9crire une biographie. Celle-ci, selon Nico, manqua de le tuer !<br>Je pr\u00e9cise que le terme d&rsquo;hypocondrie, pr\u00e9sent dans le texte original, d\u00e9signe en fait davantage une forme de m\u00e9lancolie. Je traduis donc ainsi. Cette m\u00e9lancolie ou cette neurasth\u00e9nie s&rsquo;apparente \u00e0 ce que l&rsquo;on nomme aujourd&rsquo;hui la d\u00e9pression. Je commenterai tout cela plus tard.&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1111 size-full\" src=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean.jpg\" alt=\"\" width=\"1084\" height=\"1395\" srcset=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean.jpg 1084w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-233x300.jpg 233w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-796x1024.jpg 796w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-768x988.jpg 768w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-264x340.jpg 264w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-450x579.jpg 450w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-850x1094.jpg 850w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-1024x1318.jpg 1024w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/barriejanean-389x500.jpg 389w\" sizes=\"(max-width: 739px) 94vw, (max-width: 969px) 88vw, (max-width: 1199px) 860px, 850px\" \/><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image\"><\/figure>\n<p><!-- \/wp:image --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p>Margaret Ogilvy et Jane Ann (la soeur de Barrie \u00e9voqu\u00e9e dans&nbsp;<em>Margaret Ogilvy<\/em>) \u2014 Photo extraite de <em>James Matthew Barrie &#8211; An&nbsp;Appreciation<\/em>, par James A. Roy.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph {\"dateUpdated\":1744960645672} --><\/p>\n<p><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Barrie a \u00e9crit un tr\u00e8s beau livre sur sa m\u00e8re,&nbsp;Margaret Ogilvy. 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