{"id":1541,"date":"2025-08-08T16:50:49","date_gmt":"2025-08-08T14:50:49","guid":{"rendered":"https:\/\/jmbarrie.fr\/?p=1541"},"modified":"2025-08-09T10:48:35","modified_gmt":"2025-08-09T08:48:35","slug":"barrie-et-le-nottingham-journal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/2025\/08\/08\/barrie-et-le-nottingham-journal\/","title":{"rendered":"Barrie et le Nottingham Journal"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1541\" class=\"elementor elementor-1541\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-363528e elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"363528e\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-b3cd731\" data-id=\"b3cd731\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-53265fd elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"53265fd\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1542 \" src=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Image2.png\" alt=\"\" width=\"285\" height=\"405\" \/>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0G. Hibbert par Cavendish Morton<\/p><p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1543 size-full\" src=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Image1.png\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"266\" \/><\/p><p>Barrie \u0153uvra au <em>Nottingham Journal<\/em> de 1883 \u00e0 1884, r\u00e9digeant des \u00e9ditoriaux quotidiens et des chroniques sous le pseudonyme \u00ab <b>Hippomenes<\/b> \u00bb. H. G. Hibbert fut son coll\u00e8gue au <em>Nottingham Journal<\/em> et il nous livre quelques impressions de premi\u00e8re main sur le jeune Barrie dans son livre (<em>Fifty Years of a Londoner\u2019s Life<\/em>, G. Richards ; London, 1916) qui nous le rendent singuli\u00e8rement proche. Hibbert avait 20 ans \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 deux semaines apr\u00e8s Barrie. Concernant cette p\u00e9riode, il nous offre un portrait intime et d\u00e9taill\u00e9 de Barrie pendant ses ann\u00e9es difficiles \u00e0 Nottingham, avant qu&rsquo;il ne devienne c\u00e9l\u00e8bre. Hibbert pr\u00e9sente Barrie comme un homme solitaire, timide et consciencieux, mais plut\u00f4t malheureux dans cet environnement provincial. Cette relation semble avoir marqu\u00e9 les deux hommes, Hibbert conservant des souvenirs pr\u00e9cis et affectueux de leur collaboration journalistique et de leur amiti\u00e9 naissante. Hibbert connaissait intimement la vie priv\u00e9e de Barrie \u00e0 Nottingham. Les appartements de Barrie donnaient sur le jardin de la famille de H. G. Hibbert et la m\u00e8re de ce dernier avait pris Barrie en affection et sous son aile, l&rsquo;invitant pour le th\u00e9, prenant soin de lui et le consid\u00e9rant comme un \u00ab\u00a0journaliste laiss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abandon \u00bb. Ils partageaient de longues promenades ensemble dans le Nottinghamshire et le Derbyshire. Voici quelques fragments de ce portrait :<\/p><p>\u00ab\u00a0Il avait un accent \u00e9cossais tra\u00eenant, doucement \u00e9tir\u00e9 et d\u00e9licieusement incompr\u00e9hensible.\u00a0\u00bb<\/p><p>Hibbert nous explique que l\u2019emploi de Barrie au journal prit fin, soit \u00e0 cause du style trop fantaisiste de ses articles, soit parce qu&rsquo;il avait demand\u00e9 une augmentation au mauvais moment, quand ses employeurs doutaient encore de la valeur commerciale et du bon sens de son humour pour le lectorat de Nottingham.<\/p><p>\u00ab\u00a0Barrie demanda d&rsquo;abord trois livres par semaine en r\u00e9ponse \u00e0 une annonce. \u00ab\u00a0H&rsquo;mm, oui-oui\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit le propri\u00e9taire du journal. \u00ab\u00a0Nous payons mensuellement. Cela fera douze livres par mois. \u00ab\u00a0<\/p><p>Barrie, j&rsquo;appris \u00e0 le conna\u00eetre, \u00e9tait prodigue et g\u00e9n\u00e9reux \u00e0 divers titres. Mais l&rsquo;ing\u00e9nieuse r\u00e9duction de trois livres par semaine \u00e0 deux livres dix-sept shillings et quatre pence le laissa d&rsquo;abord interdit, puis finit par l\u2019irriter \u00e0 jamais.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p>Ce passage nous r\u00e9v\u00e8le une anecdote savoureuse (et cruelle) sur la mani\u00e8re dont les propri\u00e9taires du journal tromp\u00e8rent Barrie sur son salaire. En calculant trois livres par semaine sur une base mensuelle, ils auraient d\u00fb payer environ 13 livres par mois (3 \u00d7 52 semaines \u00f7 12 mois), mais ils ne propos\u00e8rent que 12 livres par mois, soit effectivement 2 livres 17 shillings et 4 pence par semaine. Cette r\u00e9duction sournoise par le fait d\u2019un calcul math\u00e9matique malhonn\u00eate choqua, puis indigna durablement, Barrie, qui \u00e9tait pourtant fort g\u00e9n\u00e9reux de nature.<\/p><p>Hibbert d\u00e9crit avec force humour la hi\u00e9rarchie informelle du journal, o\u00f9 le prote, fort de ses trente-neuf ann\u00e9es d&rsquo;exp\u00e9rience, se consid\u00e8re comme le v\u00e9ritable ma\u00eetre des lieux. Celui-ci fait une distinction nette entre les v\u00e9ritables nouvelles locales (qu&rsquo;il valorise) et les articles litt\u00e9raires qu&rsquo;il m\u00e9prise en les qualifiant de \u00ab\u00a0<i>tripe<\/i>\u00a0\u00bb \u2014 litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0tripes\u00a0\u00bb ou, pour le dire autrement comme de la \u00ab\u00a0cochonnerie\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00ab\u00a0Le travail de Barrie, intens\u00e9ment litt\u00e9raire, \u00e9tait toujours en p\u00e9ril ; et il en souffrait horriblement. Le contrat de Barrie, pour les douze livres par mois, \u00e9tait de fournir deux colonnes de \u00ab\u00a0mati\u00e8re litt\u00e9raire\u00a0\u00bb par jour. L&rsquo;une devait consister en un article de fond, pour lequel des instructions g\u00e9n\u00e9rales, mais jamais trop particuli\u00e8res, \u00e9taient donn\u00e9es dans une lettre de huit pages du propri\u00e9taire. Chaque journaliste avait ses petites ruses pour faire passer ses articles. Barrie \u00e9crivait donc pour le <em>Nottingham Journal<\/em> cinq \u00e9ditoriaux par semaine et une chronique hebdomadaire de potins sign\u00e9e \u00ab\u00a0Hippomenes\u00a0\u00bb \u2014 beaucoup de ces essais furent r\u00e9imprim\u00e9s dans <em>My Lady Nicotine<\/em>, ayant dans leur \u00e9tat initial \u00e9t\u00e9 infiniment au-dessus du lecteur moyen du Journal \u2014 et des critiques de livres, soigneusement mesur\u00e9es au m\u00e8tre ruban, pour compl\u00e9ter le total des colonnes hebdomadaires\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0Pendant toute sa vie \u00e0 Nottingham, il ne se fit aucun ami, fit montre d&rsquo;une tristesse maladive, et pourtant \u00e9tait empli de la conviction qu&rsquo;il remplissait une mission sacr\u00e9e dans les colonnes du Journal. Il se sentait immens\u00e9ment important. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas de la vanit\u00e9 \u2014 juste un m\u00e9pris naturel pour tout son environnement et une conscience naturelle de sa sup\u00e9riorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0La premi\u00e8re pi\u00e8ce de Barrie fut \u00e9crite \u00e0 Nottingham, \u00e0 l&rsquo;essai, pour Minnie Palmer.<\/p><p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-1544\" src=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Image3-176x300.jpg\" alt=\"\" width=\"176\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Image3-176x300.jpg 176w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Image3-200x340.jpg 200w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Image3-294x500.jpg 294w, https:\/\/jmbarrie.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Image3.jpg 368w\" sizes=\"(max-width: 176px) 94vw, 176px\" \/><\/p><p>Elle s&rsquo;intitulait, je crois, <em>Le Dilemme de Polly<\/em>, et elle fut imprim\u00e9e dans le suppl\u00e9ment du num\u00e9ro de No\u00ebl du <em>Nottingham Journal<\/em>, afin que nous pussions emprunter les caract\u00e8res typographiques, pour en constituer en toute \u00e9conomie un livret, et ainsi essayer de vendre la pi\u00e8ce. Sa premi\u00e8re fiction fut publi\u00e9e dans <em>Bow Bells<\/em> \u2014 vingt mille mots de romance sirupeuse, pour lesquels il re\u00e7ut trois guin\u00e9es. Il acheta avec cette somme une gravure longtemps d\u00e9sir\u00e9e, <em>L&rsquo;Esclave grecque<\/em>, je crois, et colla l&rsquo;histoire au dos comme indication de ses \u00ab\u00a0fons et origo\u00a0\u00bb <u>(Locution latine\u00a0 = \u00ab\u00a0source et origine\u00a0\u00bb)<\/u><\/p><p>Ce passage r\u00e9v\u00e8le les d\u00e9buts modestes de Barrie comme dramaturge et romancier. L&rsquo;anecdote sur <i>L&rsquo;Esclave grecqu<\/i>e <u>(probablement une reproduction de la c\u00e9l\u00e8bre sculpture de Hiram Powers) <\/u>avec l&rsquo;histoire coll\u00e9e au dos comme preuve de son origine financi\u00e8re illustre avec humour la fiert\u00e9 de l&rsquo;auteur d\u00e9butant pour ses premiers gains litt\u00e9raires, si modestes eussent-ils \u00e9t\u00e9.<\/p><p>\u00ab\u00a0Ses appartements solitaires donnaient sur le jardin de ma maison. Ma douce m\u00e8re, dans sa bont\u00e9 communicative, lui faisait signe que l\u2019heure du th\u00e9 avait sonn\u00e9 \u2014 un th\u00e9 des Midlands aux multiples vertus.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0Le Barrie de cette \u00e9poque se voyait bien dans la peau d\u2019un acteur. \u00c0 la moindre occasion, il donnait une imitation d&rsquo;Irving en Rom\u00e9o et de Modjeska en Juliette. Dans sa sayn\u00e8te, <em>Rosalind<\/em>, je crois reconna\u00eetre une rencontre avec une actrice bien connue de l&rsquo;\u00e9poque, Marie de Grey, qui avait un jour surpris les convives d\u2019un restaurant en r\u00e9citant spontan\u00e9ment l\u2019\u00e9pilogue de <em>Comme il vous plaira<\/em>.<\/p><p>Ses appartements \u00e9taient curieusement d\u00e9pourvus de livres. Il y avait un Horace \u2014 cet Horace m\u00eame aux pages de garde jaunies, couvertes d&rsquo;\u00e9ditoriaux \u2014 et il y avait le <i>Bartlett\u2019s Familiar Quotations<\/i>. S&rsquo;il \u00e9tait jamais tent\u00e9 d&rsquo;utiliser une citation, il se tournait vers le <i>Bartlett<\/i> et, si elle figurait parmi les <i>Famili\u00e8res<\/i>, elle \u00e9tait \u00e9limin\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait la cr\u00e9ature la plus timide qui f\u00fbt, la plus douloureusement sensible, d&rsquo;une exquise d\u00e9licatesse \u00e0 l\u2019endroit des femmes. Il ne buvait jamais. Et il m&rsquo;assurait que, apr\u00e8s un essai des plus consciencieux, il trouvait le tabac d\u00e9testable. La marche \u00e9tait une joie pour lui. Je suppose que nous avons d\u00fb parcourir ensemble des centaines de miles du Nottinghamshire et du Derbyshire. Il me devan\u00e7a de plusieurs ann\u00e9es en posant, extatique, ce premier pied qui marquait son d\u00e9sir de possession sur le pav\u00e9 de Fleet Street <u>(= rue du si\u00e8ge des principaux journaux anglais \u00e0 cette \u00e9poque)<\/u>, capable alors de s\u2019exclamer avec fiert\u00e9 : <em>Civis Romanus sum<\/em><u> (= je suis un citoyen romain)<\/u>. Car les propri\u00e9taires du <em>Nottingham Journal<\/em> se pass\u00e8rent de ses services pour faire des \u00e9conomies et achet\u00e8rent des \u00e9ditoriaux clefs en main \u00e0 une agence, pour trois shillings et six pence la colonne. Deux ans plus tard, ils firent des \u00e9conomies sur mon dos.\u00bb<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1541","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1541","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1541"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1541\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1561,"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1541\/revisions\/1561"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1541"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1541"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jmbarrie.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1541"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}